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La journée d’hier mérite qu’on s’y attarde, car elle s’est déroulée en deux temps et illustre clairement le fonctionnement du marché. Dans un premier temps, le dollar s’est nettement apprécié après la publication de l’indice des prix à la production américain, ressorti au-dessus des prévisions, tant pour l’indice global que pour l’indice de base. La hausse a été de 0,4 % en août, contre 0,1 % le mois précédent, et, en rythme annuel, les prix ont progressé de 5,4 %. L’indice des prix à la production mesure l’inflation au stade de la production, c’est‑à‑dire avant la vente au détail, et le marché a interprété cette accélération comme un argument de poids en faveur d’une hausse des taux de la Federal Reserve lors de la réunion des 15–16 septembre. Ce scénario est désormais jugé plus probable qu’improbable.
Christine Lagarde a assuré hier le deuxième acte. La Banque centrale européenne a relevé le taux de dépôt à 2,5 %, mais ce sont surtout ses propos après la décision qui ont compté. La présidente de la banque centrale a averti que la hausse des prix de l’énergie se répercuterait progressivement sur l’inflation sous-jacente et les prix alimentaires, et que l’indice global resterait au‑dessus de l’objectif jusqu’au premier semestre 2027. L’inflation dans la zone euro est déjà coincée au‑dessus de 3 %. Le marché a interprété tout cela comme un signal direct que le cycle de resserrement n’est pas terminé et que la prochaine étape pourrait intervenir dès le mois prochain. L’euro a effacé l’essentiel de son repli, car les anticipations de nouvelles hausses ont pesé davantage que la frayeur initiale provoquée par les données américaines.
Aujourd’hui, le calendrier européen est vide. Seul le taux de chômage trimestriel de l’Italie est publié, et cet indicateur est franchement secondaire. Il renseigne sur l’état du marché du travail italien, mais il paraît rarement et n’est pas comparable, en termes d’importance, aux statistiques d’inflation ou de PIB pour l’ensemble de la zone euro. Il ne faut donc pas en attendre d’impulsion autonome pour l’euro.
Toute l’attention se porte ailleurs. Pendant la séance américaine, le rapport sur l’inflation des consommateurs aux États‑Unis sera publié, et c’est l’événement principal de la journée — voire de la semaine. Après le PPI d’hier, la question est simple : la hausse des prix au niveau de la production s’est‑elle transmise aux prix de détail ? Avant une telle publication, personne ne prend de gros risques, de sorte que la volatilité peut nettement se contracter jusqu’à la sortie des chiffres.
Pour l’euro, à la hausse je surveille 1,1617. Une cassure de ce niveau ouvre la voie à 1,1631 puis à 1,1653. Ce scénario se matérialise si le CPI ressort faible, lorsque le marché jugera que la vague d’inflation s’essouffle et continuera d’intégrer dans les prix les récentes promesses de la BCE. À la baisse, le repère est 1,1600 : une rupture entraînerait un mouvement vers 1,1584 puis 1,1568. Je considère cette option plus probable si les prix à la consommation confirment le tableau dressé par le rapport des producteurs publié hier. Je répète ce que j’ai dit récemment : n’entrez pas sur la première bougie après la publication des chiffres d’inflation. Les réactions se déroulent par vagues ; le premier mouvement est souvent corrigé en quelques minutes et les spreads s’élargissent à ce moment‑là. Attendez une confirmation des prix au‑delà du niveau plutôt que d’essayer de capter le départ du mouvement.
Pour la livre, à la hausse, 1,3531 est en ligne de mire, avec des objectifs à 1,3565 puis 1,3596 ; à la baisse, 1,3495, avec un mouvement attendu vers 1,3474 puis 1,3457. La livre peut réagir fortement aux chiffres du PIB, de sorte que les amplitudes de variation promettent d’être assez importantes.
Pour l’euro, la borne supérieure est à 1,1624. Je n’envisage des positions vendeuses qu’après une tentative avortée de consolidation au-dessus de ce seuil et un retour du prix en dessous de ce niveau. Avant la publication américaine, ce scénario reste tout à fait exploitable, car le marché est à l’arrêt et tout dépassement des bornes du range a tendance à être bref et peu significatif. Le repère inférieur est à 1,1596, construit selon une logique inverse : je cherche des positions acheteuses après une tentative infructueuse de cassure à la baisse. À noter qu’il est quasiment au même niveau que le point de rupture à 1,1600, et c’est précisément dans cette zone que ce qui compte, ce n’est pas le contact en lui-même, mais le comportement du prix ensuite.
Pour la livre, la borne supérieure de référence se situe à 1,3522. J’attends ici une situation où la paire part à la hausse, mais où il n’y a pas d’acheteurs pour assurer la poursuite du mouvement, et le prix retombe. Ce retour est le signal pour chercher des positions vendeuses, et non pas la simple sortie par le haut. Le niveau se trouve en dessous du point de cassure à 1,3531, ce qui est pratique, car les deux scénarios ne se contredisent pas. Tant que la livre évolue sous 1,3531, le schéma de retour reste le principal cadre de travail pour la paire.
La borne inférieure pour la livre est à 1,3488, légèrement en dessous du niveau de cassure à 1,3495. La logique est symétrique. Si le prix tombe jusqu’à ce seuil, mais que les vendeurs ne parviennent pas à assurer une continuation, et que la paire remonte, je cherche des achats visant un retour vers le cœur du range. Si la livre s’installe en dessous, le scénario de retour est annulé et le modèle de cassure prend le relais, avec des objectifs à 1,3474 et 1,3457. Dans les deux cas, je place le stop au-delà du point extrême de la cassure, et non derrière le chiffre rond le plus proche.